Load et Reload, Metallica. La suite du Black Album, l’un des albums les plus vendus de tous les temps. En 1996, le premier volume, Load donc, atterrissait dans les bacs. Pour une partie du public de Metallica, le choc fut plutôt brutal. Déjà décontenancés par le semi-virage musical pratiqué sur l’Album Noir, les fans virent le groupe opérer un changement encore plus radical. Morceaux influencés par le rock alternatif, la country, collaboration avec Marianne Faithfull, les réactions qui suivirent furent diverses et variées, allant de la déception au mitigé. On va être clair : au moment de sa sortie Load fut loin de faire l’unanimité, que ce soit parmi le public ou la critique. Au delà du changement musical, il y avait en plus un apparent manque d’inspiration.

Un an plus tard, Reload faisait son apparition. Considéré comme à peine supérieur à son prédécesseur, le disque peine à convaincre totalement lui aussi. Morceaux inégaux, traînant en longueur, même s’il en ressort quelques bonnes idées par-ci par-là, l’album ressemble à une collection à peine meilleure qu’un assemblage de chutes de studio. Pourtant pensé comme un double album, certains avancèrent qu’il aurait mieux valu laisser de côté certaines chansons et rassembler les meilleures afin de ne sortir qu’un seul album plus solide et compact.

Plus de vingt ans après leur sortie, ces albums ne sont toujours pas remontés dans l’estime des « puristes ». Mais méritent-ils vraiment cette colère ? C’est ce que je vais tenter d’explorer et ainsi vous livrer mon avis sur cette période de la carrière de l’un des plus grands groupes de Métal au monde. Je précise à toutes fins utiles qu’il n’agira pas spécialement d’une critique objective et que l’avis qui sera reflété ici n’engage que moi. Maintenant que c’est dit, let’s go.

La surprise

Load fut précédé par la campagne de communication habituelle relative à toute sortie de nouvel album d’un groupe de l’importance de Metallica et la première chose qui choqua les fans, en dehors de la musique, fut le look du groupe. Pris en photos par Anton Corbijn, célèbre entre autres pour ses travaux avec Depeche Mode, ils montraient un visage à l’opposé du groupe 100% Heavy Metal typique. Cheveux courts pour tout le monde, costume de loulou cubain pour Kirk Hammett, rimel (!), l’image qu’imposa le combo à ce moment trancha littéralement avec ces chevelus qui jouaient une musique lourde, rapide et puissante quelques années auparavant. Les premières dents commencèrent à grincer, et ce n’était pas fini…

Le 21 Mai 1996, le single Until It Sleeps déboula sur les ondes radio. Il confirma les craintes qui circulaient parmi les fans. Metallica avait changé. 

Until It Sleeps n’avait rien d’un Enter Sandman, encore moins d’un One ou d’un Creeping Death. Le morceau, tout en retenue, fonctionnait en douceur sur les couplets puis prenait une tournure plus Hard Rock sur ses refrains. Mais ce n’était en aucun cas comparable à un Sad But True ou même The Unforgiven qui, même s’il s’agissait d’une ballade, bénéficiait d’un solo énergique. Mais là ou the Unforgiven pouvait faire office de surprise inspirée sur le Black Album, Until It Sleeps n’avait pas, selon certains, ni l’effet de surprise, ni l’inspiration pouvant susciter l’intérêt. Il s’agissait donc d’une déception.

La découverte de Load

Cette déception s’accentua encore à la sortie de l’album le 04 Juin 1996. Le public se demandait si il y aurait des choses à sauver sur ce disque et c’est là que mon point de vue diverge avec l’avis de la plupart. Autant être clair d’entrée: Load ne figure pas parmi les albums que je classerai dans mes favoris du groupe. Les quatre premiers sont intouchables, et dans un autre genre, le Black Album aussi. Les derniers albums en date du groupe lui sont également supérieurs en terme d’inspiration. Mais s’agit-il d’un opus aussi exécrable que ce que les gens ont bien voulu le dire à sa sortie ?

Pour moi, non. C’est un album certes imparfait et pas à la hauteur de l’attente générée. Mais il y a des choses recommandables dessus si on ouvre un peu ses oreilles et que l’on prenne l’écoute différemment.

Premier point: déjà, oublions l’album précédent. De son propre aveu, le groupe en est venu à l’Album Noir parce qu’ils en avaient assez des morceaux compliqués à rallonge. Et si on aurait tous voulu un autre Master Of Puppets ou And Justice For All, il en fut autrement. Probablement dès la fin de l’enregistrement ou de la tournée de AJFA.

Second point: les gens ont crié un peu vite à la trahison. Les groupes que nous aimons ne nous appartiennent pas. On pense parfois le contraire car ils sortent des albums qui nous accompagnent, mais il n’en est rien. Et avant de hurler avec les loups, il faut se rappeler une chose. La toute première incursion d’une ballade dans un album de Metallica n’est ni The Unforgiven, ni Nothing Else Matters. A mon sens, il s’agit de Fade To Black sur Ride The Lightning. C’est elle qui montra le premier signe d’un changement dans le champ des possibilités du combo. La différence majeure se situe une nouvelle fois dans le fait qu’il s’agissait d’un morceau probablement inattendu, et dix fois plus inspiré que le morceau le plus inspiré de Load. Mais les ballades n’étaient pas nouvelles pour le groupe.

Metallica - Load - Tous droits réservés
Metallica – Load – Tous droits réservés

Les morceaux

Revenons à nos moutons et considérons donc notre sujet. Lorsque l’on pose le CD sur la platine, un riff puissant ouvre l’album. C’est celui d’Ain’t My Bitch. Si on peut lui prêter les meilleurs intentions du monde, on constate aussi qu’il n’a rien de véritablement transcendant. C’est un morceau heavy- rock plaisant, efficace, mais sans plus. 2X4 qui poursuit les hostilités fut joué pour la toute première fois en live à Donington en 1995 et réussi à soulever un certain enthousiasme ce jour là. Le rythme est entraînant, le morceau suffisamment heavy pour que l’on se dise « Ah tout n’est peut-être pas perdu ! » A ce jour, il m’arrive encore d’écouter ce titre et je pense également qu’il devrait réintégrer la setlist live à l’occasion. Une des meilleures chansons de cet opus. King Nothing poursuit avec des intentions semblables et la même réussite. Le titre est parfois ressorti du placard, assez rarement, et c’est relativement dommage. Je ne reviendrai pas sur Until It Sleeps, j’enchaîne donc avec The House That Jack Built. Le morceau évoque un Alice In Chains light. Nous sommes alors en pleine vague grunge et James Hetfield confia souvent être un grand fan du groupe de Jerry Cantrell et cie. J’ai la même impression qu’avec Ain’t My Bitch. Le morceau est sympathique mais n’a rien d’absolument immanquable, comme si le groupe avait un peu loupé le coche.

En revanche pour le coup, la chanson suivante est une véritable bonne surprise. Hero Of The Day est un très beau titre, presque Pop. Et là on peut se mettre à rêver de ce qu’aurait pu être Load avec des chansons un peu plus abouties comme celle-ci. Pour moi, il s’agit du titre le plus représentatif des intentions de Metallica avec cet album. Très bien équilibré entre calme et énergie, il réussit à monter en puissance progressivement, explose puis redescend comme si de rien n’était. S’ils ne devaient rejouer qu’un titre de Load live, ce serait celui là.

La suite de l’album est un petit peu plus problématique. Les morceaux suivants prennent le relais: Bleeding Me, Cure, Poor Twisted Me, Wasting My Hate et Mama SaidMe concernant, seules Cure et Mama Said surnagent. Si musicalement parlant, je préfère écouter Wasting My Hate, il faut souligner quelque chose qui me semble important: la présence d’un titre avec des influences aussi assumées que Mama Said, qui donne complètement dans la ballade Country, est lui aussi révélateur de l’ouverture que Metallica souhaitait donner au disque. Que l’on aime ou pas, ils ont eu les couilles de le mettre dans la tracklist et de le sortir en single. Mais là encore, la seule réaction qu’a eu la majorité de leur audience fut l’incompréhension. A sa décharge on peut comprendre que ce titre, aussi hors de propos quant au reste de l’album entier, ait pu provoquer le rejet.

Thorn Within, Ronnie et Outlaw Torn ferment l’album. De ces trois morceaux, il n’y a qu’Outlaw Torn qui me semble intéressant. Thorn Within est très, trop, classique et me fait l’effet d’un titre de remplissage. Ronnie part sur des terres Rock sudiste bluesy, et s’il apparait lors des toutes premières écoutes comme attirant, il est en fait relativement plat et tourne très vite en rond. Outlaw Torn quant à lui, est surprenant. Frôlant les dix minutes, il s’agit du plus long titre de Load. Il s’agit d’une longue jam étiolée contenant de longues envolées de solos stridents, installe une ambiance sombre et lourde, concluant le disque sur une note malsaine. Ce titre aurait pu être monumental selon moi, s’il avait été plus condensé et mieux maitrisé. Au final, il perd de sa force et on se retrouve une fois de plus à imaginer ce qu’aurait pu être la chanson en gardant la stridence des solos mêlée à cette ambiance pesante. Il n’est toutefois pas mauvais en soi, simplement il laisse partir des bribes d’idées et de riffs éparpillés sur la durée.

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Pour conclure, je crois que vous l’aurez compris, Load n’est pas exactement l’énorme successeur au Black Album que les foules attendaient. Trop différent, pas assez cadré, il laissa pas mal de monde sur le carreau.

Pourtant regardons à nouveau les choses sous un autre aspect. Sa diversité d’idées, même si elles ne sont pas assez abouties pour certaines, est très intriguante. Elle montre un groupe soucieux de proposer quelque chose de frais, aux antipodes de ce que l’on pouvait en attendre. Au risque de dérouter les gens, en particulier les fans de la première heure. Déjà accusés d’être des vendus après le succès planétaire de l’Album Noir, Load ne fit rien pour arranger cela. Néanmoins, la première moitié du disque est bonne, assez énergique, sans être non plus fantastique. Et la seconde propose des choses intéressantes, mais pas assez abouties pour la plupart.

Ce n’est au final pas la présence d’idées qu’elles qu’elles soient qui est gênante mais leur gestion. Load est un disque qui partait avec les meilleures intentions du monde et qui s’est perdu en chemin. Il en reste un album curieusement écoutable, qui demande quelques écoutes avant d’être appréhendé et de pouvoir faire le tri dans ce qui nous plait ou pas.

A la suite de ça, les fans espérèrent un album supérieur dès l’annonce de Reload, la seconde partie de ce qui aurait dû être un double album. Mais qu’en fut-il réellement ? Metallica allait-il réussir à regagner la confiance de leur public ou s’enfoncer un peu plus ?

Réponse bientôt dans la deuxième partie de ce dossier consacré à Load et Reload.




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