Bonjour et bienvenue sur Zeekology pour la suite du dossier «Faut-il réhabiliter (un peu) Load et Reload de Metallica ?»

Nous nous étions quittés sur un constat mi-figue mi-raisin concernant Load, le premier volet de ce double album qui n’en est pas un, du moins au moment de la sortie des deux volumes, lâchés dans la jungle impitoyable des bacs à disques chacun de son côté.

Same Player Shoot Again

Load fut donc un semi-échec, ou une semi-réussite c’est selon ayant refroidi pas mal de monde. Reload allait-il rehausser le niveau et faire oublier cela ? Beaucoup l’espéraient, alors que d’autres avaient d’ores et déjà enterré le groupe et ce nouvel album paru le 18 Novembre 1997 soit un peu plus d’un an après son grand frère.

Mais avant cela, il faut remonter un peu le temps à nouveau, pas énormément cependant, une semaine avant. Le 11 Novembre de la même année, Metallica en amont de la sortie de Reload lâcha «The Memory Remains» le premier single.

Et une fois de plus ce fut une surprise aigre-douce. Le morceau, plus consistant qu’Until It Sleeps pour comparer les deux premiers singles issus de chacun des opus, s’avéra être dans un registre plus heavy mais ce qui choqua les fans fut la présence de Marianne Faithfull, icône des sixties, chanteuse et compagne de Keith Richards et Mick Jagger (chacun à tour de rôle quand même hein) à une époque.

Si le morceau possède une base Heavy-Rock honnête et acceptable, certains trouvèrent que le refrain était complètement plombé par les « Lalalalaaaaaa » de Faithfull tenant plus du gémissement plaintif que d’un refrain digne de ce nom. Et de ce point de vue là je ne peux pas leur donner tort. La présence de l’égérie de l’époque baba cool n’apporte absolument rien. Et si le but était de donner un côté « je me lamente » au morceau, c’est raté. On est plus sur le versant lamentable. Dans sa globalité, la chanson n’est pourtant pas si mauvaise, mais pas excessivement géniale non plus, c’est juste que cette partie flingue tout.

Pourtant, il y a quelque chose qui sauve ce morceau de l’oubli. C’est une chanson qui par un heureux hasard passe très bien live. Pourquoi ? Parce que le public remplace Marianne Faithfull sur sa partie et cela confère au morceau une autre aura. La foule chante à l’unisson la mélodie du refrain et de fait implique chaque personne présente. Aujourd’hui c’est un morceau moins joué, mais fut une époque ou le groupe l’interprétait régulièrement, surement conscient du fait que le public aimait y donner de la voix. Un bon geste qui rattrape complètement un titre passable dans sa version studio.

Ceci n’augurait donc rien de très bon pour ce Reload nouveau. Une semaine plus tard, l’album prenait d’assaut les magasins et autres disquaires et les fans aussi curieux que pressés d’entendre les nouvelles chansons et d’avoir les réponses aux questions qu’ils se posaient, découvraient la nouvelle livraison du combo.

Start Your Engines !

Tout commence par Fuel et pour être honnête, Metallica tape un gros coup tout de suite. Fuel est un morceau Heavy Rock très efficace qui pose ses baloches sur la table d’entrée, sans toutefois retomber dans les bonnes habitudes d’antan avec des titres comme Master Of Puppets ou n’importe quelle époque du vintage Metallica. Mais l’intention et l’attitude sont présentes. Si seulement ils avaient pu maintenir ce cap tout le long… Mais nous connaissons la suite, et donc, the Memory Remains embraye derrière.

Ce sera l’instantané de cet album : des titres plus resserrés que sur Load avec un peu moins de place laissée à l’expérimentation, des chansons plus compactes, moins de digressions sonores (quoique, mais nous verrons cela plus loin). Mais le qualitatif côtoie le très moyen voire le tiède, et souvent.

Pour l’instant enchaînons avec Devil’s Dance. Alors ici, il faut préciser une chose. Cette chanson et la suivante peuvent faire penser à un recyclage d’idées. Vous allez comprendre pourquoi. Devil’s Dance a une facette Sad But True très évidente. Le morceau est lourd est reprend à peu près le même schéma tout en ayant un riff différent.

Il avait d’ailleurs été révélé à Donington le même jour que 2X4, son cousin sur Load. Deux ans plus tard, ne boudons pas notre plaisir : si la comparaison peut paraître évidente aux yeux de pas mal de monde, le morceau est le bienvenu. Il y a ce parfum de : « Hey, souviens toi quand on faisait parler la poudre à canon » pas désagréable du tout. Ecoutez le à un volume plus fort que la normale et l’effet sera là, c’est quasiment garanti.

En revanche me concernant, le titre suivant ne m’a jamais plu, en toute subjectivité. The Unforgiven II, ou comment Metallica se parodie lui-même. Je vous parlais à l’instant de Devil’s Dance = Sad But True, le trip est totalement différent avec celui-ci. Et pourquoi donc, mon capitaine ? Parce qu’à mon sens il existe une nuance de taille entre s’inspirer d’un morceau existant et plagier un morceau déjà enregistré.
Vous me direz, le mal est moindre puisque Metallica s’auto-plagie et vous aurez probablement raison. Mais là où Devil’s Dance possède une lourdeur ainsi qu’une ambiance semblables à Sad But True, il arrive à se dissocier musicalement de son illustre ainé. The Unforgiven II a :

  • Le même bourdonnement en introduction que The Unforgiven (sur ça je ne vais pas être trop salop non plus, il s’agit certainement d’une référence pour dire «Souviens toi de ça ! ». Mais bon, c’est affiché en gros néons rouges fluorescents. Il y avait peut-être plus subtil comme appel de phares)
  • Le riff est sensiblement identique à l’original
  • Le refrain itou

Et JE SAIS que c’est censé être la suite d’un de leur morceau les plus célèbres, mais je ne n’y arrive pas, désolé. Trop copie carbone pour moi. Je passe sur ce Unforgiven II allègrement pour arriver à Better Than Thou, un morceau rapide mais un peu jeté au milieu et sans véritable saveur particulière. La sensation qu’on arrive déjà tellement vite au ventre mou de Reload se fait de plus en plus cruellement ressentir.

Better Than Thou ensuite, peine à convaincre. Comme sur certains morceaux de Load, l’intention est là, mais la transformation de l’essai a franchement du mal. Le morceau tourne quasiment à vide. Un bon rythme mais Metallica donne l’impression de faire semblant. Tant pis pour nous, et pour cette chanson.

La suite est du même calibre avec Slither, imitation du style Metallica par Metallica, avec en prime un refrain plus ou moins léger se voulant grunge-friendly mais qui ne touche rien. La suite, vite…

Les choses vont quelque peu s’améliorer avec Carpe Diem Baby. Toujours relativement simple musicalement parlant, celui-ci arrive au moins à installer une ambiance pesante satisfaisante et le morceau dans l’ensemble passe bien. Un morceau accrocheur qui si je me laissais aller à le suggérer, mériterait de temps à autres, à l’instar de certains titres Loadiens, un petit passage live. Un des titres les mieux adaptés au nouveau répertoire du combo.

Bad Seed arrive après. Il s’agit d’une chanson au riff ultra basique, plus basée sur un rythme que sur une mélodie. Bon, à ce stade je crois que je peux vous confier un dossier : j’aime bien Bad Seed. Elle fait taper du pied, bouger la tête. Une saine intention. Après pourquoi celle-ci et pas Better Than Thou, au hasard ? Je ne sais pas. Il s’agit pourtant de deux chansons coulées dans le même moule. Quand on écoute bien, elles ne soulèvent pas grand-chose, mais je trouve qu’au moins Bad Seed ne pète pas plus haut que son cul. Les motivations sont claires dès le départ : se faire plaisir, jouer. Du simple, de l’efficace et ca marche. Voilà pour la justification. Maintenant vous pouvez sortir le fouet et me faire payer ca. M’en fiche.

Where The Wild Things Are est la neuvième piste sur Reload. Je dois dire qu’il s’agit d’un bien curieux titre. Un mélange batârd de Heavy Rock pur jus et de ce qu’on pourrait qualifier de Métal Alternatif. C’est une chanson carrée, aux motivations louables, avec un decorum sonore étrange, presque rêveur sur certains aspects, dont le seul tort est peut-être de trop avoir le cul entre deux chaises. Mais ce n’est pas le titre le plus mauvais de Reload. Non, pour ca, ne vous inquiétez pas, ils arrivent…

Prince Charming nous refait le coup du titre énervé mais sans trop de goût. Je ne retiens rien de ce morceau. A vrai dire, je ne m’en rappelais même plus jusqu’à ce que je me fasse une session réécoute de Reload. Suivant.

De Loadace

Et puis débarque Low Man’s Lyric, LA perle de l’album. Ce morceau condense à lui seul presque toutes les intentions de Metallica avec Load et Reload. Low Man’s Lyric est une ballade triste qui a la particularité d’avoir un motif joué à … l’orgue de barbarie. Et fichtrement bien utilisé en plus. Expérimentation instrumentale, mise en place de l’idée, interprétation, degré d’émotion, Metallica réussit vise en plein coeur avec ce titre. Aucun morceau sur les deux albums, aucun, ne touche avec autant de courage, sauf peut-être Mama Said dans un autre genre, ce qu’ils ont fait avec celui là. Et je préfère de loin Low Man’s Lyric.

Alors, ne nous méprenons pas. Je place tout ceci dans le contexte de ce double album. Mais à ce moment précis, il a fallu s’enfiler presque l’intégralité de Reload pour entendre autant d’audace.

Pour autant rassurez vous, la banalité la plus totale revient pas plus tard que maintenant : Avec un titre comme Attitude, ce morceau en manque par kilos. Pataud ou ampoulé comme vous voulez, Metallica essaye de nous faire remuer notre derrière mais il s’agit encore d’un titre faisant semblant d’en avoir auquel il manque un vrai moteur, une vraie flamme. L’insipide Fixxxer clôturera Reload avec une impression de… Vide ? Ce titre ne va nulle part. Un bien triste point final à ce qui était censé rattraper un album peut-être un poil trop injustement traité quasiment deux années auparavant.

Crash Loading

Je conclurai sur ca d’ailleurs : On peut attaquer Load sur le virage musical qu’il représente, sa durée, sa « prétention ». Mais il y a des idées dessus. Ok, pas rondement menées pour la plupart, mais il y a la volonté de proposer autre chose. Sur Reload finalement, cet objectif est : d’une, rarement atteint et deux quand il l’est, c’est quoi ? Deux chansons et demi ? Trois ?

Avec Reload, j’ai l’impression que la principale motivation était de proposer quelque chose de plus rock n’ roll, moins expérimental, plus proche des racines, que sur Load. Mais en même temps, c’est comme si la tête y était mais pas le cœur ou trop rarement en tout cas. Le Wow Effect pour ma part n’eut lieu que sur Fuel et Low Man’s Lyric. Réellement je veux dire. Allez, Devil’s Dance si vous voulez (et Bad Seed car je suis passé aux aveux tout à l’heure) aussi. Tout ne me dégoûte pas non plus, mais dans l’ensemble il s’agit d’un album qui est très très loin d’être inoubliable.

Ceci met en lumière un autre question dont on parlera peut-être un jour : A la suite de ca, Metallica eut une période étrange faite de compilations, de live (S&M avec l’Orchestre Symphonique de San Francisco, est à écouter de toute urgence si ce n’est pas fait. L’orchestre amène un souffle à des morceaux qui, déjà puissants pour la plupart, ne semblaient attendre que ça pour rugir à nouveau), fit un album encore plus étrange (St Anger qui ne bénéficie pas non plus d’une grosse côte de popularité auprès des fans) puis retourna plus ou moins vers son style de prédilection, le Thrash, teinté d’autres influences. Donc pas non plus un retour à Kill’em All ou Master Of Puppets.

Si avec Death Magnetic et Hardwired Metallica renoua avec un gros succès commercial, dites vous bien une chose : le groupe s’est remis une barrière qu’il avait sauté avec Load. Peu importe que l’album ne fût pas une incontestable réussite. Metallica avait évolué. Vraiment. Et le changement fait partie de l’évolution. Je suis peut-être le seul, mais j’aurai vraiment aimé voir si, avec le temps, ils auraient pu réussir à maîtriser leur nouveau son. Sans tomber dans la Pop mièvre, bien sûr. Et vous ? Qu’auriez vous préféré ?

Mais ceci est une branche de leur histoire que nous ne connaitrons jamais et eux non plus.

 

Merci à vous d’avoir lu tout ca. Encore une fois, il ne s’agit que de mon avis que je partage avec vous. Si écouter Reload vous procure du plaisir, tant mieux. Il existe pour ca aussi.

A très bientôt pour un nouveau dossier !
Le Zeekologue.

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