Sefyu-Yusef
Sefyu-Yusef-Tous droits réservés

Le retour du Yu

Sefyu avec Yusef met un terme à 8 ans d’absence. 8 années qui auront servi à parfaire ce nouveau projet qui aborde de multiples thèmes et je vous propose de rentrer immédiatement dans le tour d’horizon de Yusef.

L’album s’ouvre sur Interpellation et rappelle immédiatement pourquoi on aime Sefyu. Un son lourd et le phrasé caractéristique du rappeur mettent en valeur un propos mi-provoc, mi-conscient, en tout cas rarement gratuit et pointe du doigt les raisons qui donnent au climat social actuel son parfum de soufre.

Mal(à)laise se chargera de remettre les pendules à l’heure chez ceux qui ont un complexe d’identité et qui s’inventent les vies que d’autres cherchent justement à fuir. Le discours reste direct et sans détour, l’instru tape direct au foie.

Sefyu enchaîne ce début sans fautes avant que ne débute l’un des premiers sommets de Yusef: De La Neige Dans Les Collèges. Un morceau qui parle d’une certaine partie de la jeunesse à la dérive, sans autres repères que ce que la télé, internet et le bordel ambiant leur met devant les yeux. Un track très intéressant, lourd de sens. Sefyu arrive à rendre un constat froid et concret avec une facilité déconcertante. Certainement l’un des morceaux les plus réussis de l’album.

De la suite dans les idées

Dans la glace parlera des préjugés, du racisme malheureusement ordinaire et quotidien et d’une vaine recherche d’identification afin d’y échapper. Un peu comme la phrase le dit: A force d’entendre que tu es stupide, tu finis par le croire. Sauf qu’entre-temps quand on se regarde dans le miroir on se rend compte que notre pire ennemi, c’est nous. Un morceau bien mené.

La prison montrera le bout de ses barreaux avec 13m2. Sefyu décrit la fin d’un « taulier », mis en prison et finissant tragiquement sa vie.

Un morceau plutôt classique mais qui met en lumière une chose importante sur Yusef: il y a dans cet album, comme il y a souvent eu chez Sefyu d’ailleurs avant cela, un parallèle hyper intéressant entre textes percutants, articulés autour d’une idée, et des thématiques réelles, déclamées froidement, entretenant encore le côté concret des textes. Le tout est porté sur des instrus parfois aériens, cools ou plus sombre et hardcore. Cela donne un côté « scénario réel », l’instantané d’une image très bien faite si vous voyez ce que je veux dire.

Deux autres grands morceaux suivront: Gunshot et Uni. Le premier, très épuré, très « cloud-rap » dans son approche sonore est à nouveau un constat désabusé sur la société. Et à nouveau c’est une réussite. Le second dénonce les divisions entre les gens, les peuples, et à plus large niveau entre les pays, façon uppercut musical.

Sefyu et compagnie

A l’envers donnera l’illusion d’un semblant d’apaisement avec son refrain chanté en compagnie de Dokou. Nous sommes presque dans le dernier tiers de Yusef et il s’agit du premier feat. Car il est temps pour Sefyu d’introduire les collaborations de l’album. Il y a Dokou donc, mais sur Invaincu, le « possee cut » du projet, on entendra hormis le maître des lieux : C.O.R, Goulag, LI2S, RR, Cracky et Limsa, pour du hardcore made in hardcore. Un titre simple, sans chichis, parfait pour la bagnole. Les MC déroulent sans problème et les basses fracassent. Impec.

Fin des titres en groupe ou duo, Sefyu reprend le micro pour lui pour la fin de l’album. Vriller. Vriller est presque un morceau festif. Du moins dans le cadre de Yusef. Le MC ne change pas son fusil d’épaule durant les couplets mais le refrain amène une touche de légèreté, du moins dans la forme. Un morceau à l’ambiance curieuse mais qui passe bien.

Zehefyu, et NTM feront office de fermeture de manière classique mais efficace avec une petite préférence pour NTM, assez court mais encore une fois, assez implacable et se terminant d’un coup sec, brutalement.

En conclusion

Sefyu signe avec Yusef un bon retour. 8 ans auront largement suffit au MC pour se mettre à jour musicalement et il livre un disque actuel et convaincant. Aidés par le contexte social actuel, ses textes brillent par leur sincérité. Il s’en dégage également une assise, une impression de force. Le projet cogne dur mais n’apparaît pourtant jamais comme agressif et reste parfaitement écoutable grâce à des morceaux plus calmes, très justement disposés, distillant des instants de respiration dans les moments opportuns.

Si vous n’avez jamais écouté Sefyu, il s’agit d’un bon point d’entrée. Quant aux autres, soyez rassurés, vous pouvez y aller tranquille, c’est du bon.



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