Loathe I Let It in and It Took Everything review-Tous droits réservés
Loathe: I Let It in and It Took Everything-Tous droits réservés

Alors, attention aujourd’hui nous avons le full package avec le dernier album de Loathe: I Let It in and It Took Everything dont nous allons faire la review. Je vais vous faire un aveu. Il y a un mois je ne connaissais pas Loathe. Une lecture de la bio du groupe m’a toutefois conduit vers des éléments qui m’ont poussé à jeter une oreille au disque. Mais dans un premier temps, si vous êtes dans mon cas, une présentation s’impose.

Loathe a émergé de l’ underground britannique dès 2014. Deux EP ainsi qu’un album les ont mis en orbite. Par la suite le groupe obtint deux nominations en tant que meilleur nouveau groupe. L’une au Metal Hammer Golden Gods. L’autre, Best UK Breakthrough Band aux Heavy Music Awards. Depuis, il en ressort que Loathe fait partie des groupes qui ont des ambitions bien pesées et désormais, avec la sortie de l’ album I Let It In and It Took Everything, ces ambitions commencent à se concrétiser.

Entre Métal en fusion, films et jeux

Parlons un peu des influences chez les Anglais: la bande sonore du jeu vidéo Silent Hill 2, celle du film Joker de 2019 ou l’ensemble des œuvres de David Lynch, parmi d’autres. Ces dernières ont lourdement pesé dans les compositions de Loathe où tout ou presque semble alambiqué, dispersé et malgré tout homogène à la manière des longs métrages du réalisateur.

Pas le chemin le plus évident, mais les routes qui valent la peine d’être empruntées ne sont pas les plus faciles à parcourir. Une attitude audacieusement résumée dans ce titre obscur, I Let It In and It Took Everything. « ll y a là l’idée de ce que nous faisons et l’enregistrement de l’album  » explique Erik (Bickerstaffe, guitares).  » Nous avons laissé entrer l’idée d’être dans ce groupe, et il nous a tout pris. Sans essayer de le faire sonner comme une histoire sanglotante, nous avions besoin de nous construire à nouveau afin de faire cet album « .

Loathe: I Let It in and It Took Everything, la review de l’album

Bien. Maintenant que nous avons abordé les débuts du groupe, ainsi qu’un certain état d’esprit, débutons la chronique de I Let It in and It Took Everything. Je parlais plus haut de la diversité des ambiances présentes sur l’album. Effectivement, Loathe aime Jouer avec elles. Très bon point par ici. En outre, cela tend à démontrer que le groupe possède des idées, des thèmes. Surtout, qu’il n’a pas l’intention de les laisser dans un coin. Un certain dynamisme créatif donc, qu’il serait injuste de passer sous silence.

Au début fut Thème. Il s’agit d’une courte intro. Calme, aérienne et délicate. Une petite nappe de synthé se charge donc de démarrer l’écoute. Ceci avant qu’un bruit de portière se refermant ne laisse le riff bestial d’Aggressive Evolution se faire entendre. Des couplets sauvages se mêleront aux refrains beaucoup plus éthérés du titre. Avec, évidemment, un dynamisme sous-jaçent de tous les instants. Un début poing dans la gueule foutrement efficace.

Entre la plume et l’enclume

Au fur et à mesure que I Let It In and It Took Everything avance, reconnaissons une chose. Les influences sus-citées arrivent à surgir d’un coup d’un seul. Elles s’intègrent dans un moule sonore personnel avec facilité. Car si elles peuvent s’identifier relativement facilement, elles ne trahissent jamais l’envie du groupe de s’en émanciper. Loathe étale les différentes composantes de son identité après avoir absorbé ce dont ils avaient besoin. Ces indicateurs, à l’instar de pistes telles que les brutaux Gored, le bien nommé Broken Vision Rythm (qui arrive à intégrer sans que cela gêne le son d’un fax !), Screaming, et Heavy Is The Head That Falls With the Weight Of A Thousand Thoughts, nous montrent que Loathe manie la dissonnance, la lourdeur ou les parties plus mélodiques avec une dextérité folle.

Plus qu’un simple défouloir, plusieurs de ces titres aux rythmes hâchés, pliés et régurgités avec assurance sont les témoins de la technique au service de la diversité. Comme pour mieux titiller notre étonnement, Heavy Is the Head… se finit d’ailleurs sur quelques secondes apaisantes de guitare inattendues. J’évoquais plus haut des atmosphères comme celles des OST des jeux comme Silent Hill ou David Lynch, dont la manifestation bruitiste probablement la plus évidente se trouve sur Red Room. La forme est chaotique par instants et cela m’a plus fait penser au pilonnage sonore que l’ont peut parfois entendre chez quelques artistes du genre Industriel.

Tous les (bons) goûts sont dans leur nature

Mais il n’y a pas que ça chez Loathe. Le combo nous réserve d’autres surprises. L’autre marque de fabrique qui m’a semblé impeccablement intégrée fera le pont avec les Deftones. Cela se remarque facilement sur des titres comme l’excellent New Faces In The Dark (qui résume parfaitement les multiples capacités du groupe en un seul morceau), plus encore sur Is It Really You. J’ai même cru à un moment que Chino Moreno chantait sur ce dernier. Loin de moi l’idée de dire pourtant qu’il s’agit d’un calque.

Au contraire, c’est plutôt un compliment. Et Loathe noie ce qui pourrait sembler apparaître comme un défaut dans une belle dose d’interprétation talentueuse sans que cela ne plombe le disque. L’influence est tout à fait présente, oui. Mais les Anglais, encore une fois sont assez polyvalents au niveau de la structure musicale de leurs compos pour se sortir de cette situation avec grâce.

De l’art de la pause

Avant que nous finissions cette review, notons que I Let It In and It Took Everything glisse néanmoins des plages de répit. Les planants et synthétiques 451 Days, A Sad Cartoon (Reprise) pour prendre un autre exemple, feront office d’aires de repos pour un auditeur qui n’en attendait pas tant. Rapides contrepoids idéaux en opposition aux chansons plus charnues et virulentes qui constituent le reste de I Let It In and It Took Everything, elles aussi désigneront d’autres points d’intérêt que nous pourrions voir se développer plus tard dans la carrière de Loathe.

Un dernier mot sur le travail effectué par le groupe. D’abord mettons en avant la cohésion qui existe entre le chanteur Kadeem France et le reste des Liverpooliens. Qu’il verse dans le growl ou un registre clair, il se montre plus qu’à la hauteur sur la durée du disque. Un grand bravo à lui. Ses cordes vocales nous emmènent au fond de l’abîme ou vers des cieux plus chaleureux et nous le suivons avec plaisir. Les riffs de Erik Bickerstaffe et Connor Sweeney sont bien trouvés, admirablement construits. Ils constituent un bon support pour les mélodies vocales et font un très bon job afin de varier les ambiances. Quant à la section rythmique, Sean Radcliffe à la batterie et Feisal El-Kazraghi, l’un est un parfait métronome tandis que l’autre bétonne des morceaux torturés ou plus simples avec sa basse, amenant un supplément de profondeur et de muscle appréciable.

Loathe: I Let It in and It Took Everything, en conclusion

Pour ma part, il s’agit d’une découverte concluante. J’ai positivement été surpris dans cette chronique par la richesse des compositions, allant du brutal méthodique aux envolées lumineuses des refrains sur certains titres. Les morceaux sont diversifiés, mais suivent globalement une ligne directrice bien définie. Si, par le contour de quelques chansons, on arrive à deviner qui a inspiré quoi, on en arrive à se dire que franchement, il ne s’agit que d’un détail mineur. On souhaitera quand même à Loathe de suivre le chemin des aînés et d’acquérir plus d’expérience propre et de s’affirmer encore plus, en particulier au vu du brillant résultat à ce jour. Cela viendra en son temps, j’en suis convaincu

Avec ce deuxième album complet, Loathe confirme les grands espoirs placés en eux, et de fait réussit un beau hold-up. Un disque largement recommandable en somme.

De pair avec le dernier Sepultura, il s’agit d’un autre excellent disque en ce début de Février.

Loathe – I Let It in and It Took Everything disponible le 07/02/2020 via Sharptones Records.

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