Navy Blue Ada Irin-Tous droits réservés
Navy Blue Ada Irin-Tous droits réservés

Bonjour à toutes et à tous, aujourd’hui nous allons nous atteler à la review de l’album de Navy Blue, Ada Irin.
Si le nom de ce jeune rappeur ne vous évoque rien, rassurez vous, cela ne saurait tarder. En particulier si vous guettez avidement les sorties de disques underground. En effet Ada Irin est son premier album. Mais un premier album qui finalise un cycle d’EP et autres maxis.

Sage Elgesser de son vrai nom a donc sorti une bonne dizaine de projets personnels entre 2015 et 2019. Dire que le bonhomme est occupé tient de l’euphémisme. Entre une carrière de rappeur, producteur (pour Mach Hommy, Tha God Fahim ou Earl Sweatshirt entre autres), skateur ou encore modèle, il a néanmoins trouvé le temps de nous envoyer Ada Irin en ce début 2020.

Ada Irin: De la constance dans l’effort

Comme beaucoup de jeunes artistes de nos jours, Elgesser commence à sortir ses productions via Soundcloud sous le nom de Navy Blue. Un moyen comme un autre de partager son travail avec un public de curieux, constamment à la pointe de l’actualité. Etant connu dans d’autres milieux, cela lui permit également de rester discret quant à ses activités musicales. Enfin, ces différents projets lui offrent l’occasion de chercher, puis de trouver son style afin de le peaufiner tranquillement.

Lorsqu’il se sentit assez aguerri, il publia en 2015 According to the Waterbearer son premier effort. Et depuis, Elgesser ne s’est plus arrêté. De manière générale, les années qui suivirent ont connu un tournant au niveau du rythme et de la qualité des sorties. Comme je le disais plus haut, ce sont une dizaine de projets qui ont vu le jour en 5 ans. April Blue, Navy in Rage, Yvan Wen ou bien From the Heart ont tous été publiés au cours de cette période extrêmement productive. Ce qui nous conduit tout droit à son premier album en date, Ada Irin dont nous allons commencer sans plus attendre la chronique.

Navy Blue: Ada Irin-La review

Ada Irin est un disque authentique. Du haut de ses 23 ans le jeune rappeur a choisi de se confier. Il ouvre les pages d’un livre où se mêlent ses souvenirs d’enfance, ses problèmes, ses douleurs, mais aussi et heureusement quelques rayons de lumière. Au travers de rimes pouvant paraître mystérieuses et dont lui seul semble avoir la clé, Elgesser laisse cependant assez de traces pour que l’auditeur puisse le suivre. Faisant le lien entre ses ennuis et la motivation qui le pousse à avancer ( « Nothing seems to quit except the truth on the sweat/ I left my shoes in the shade and had my feet in the water  » sur le resplendissant With Sage), nous pouvons deviner que l’opus, grâce à des lyrics parfois durs, parfois à fleur de peau, et à des ambiances paradoxalement douces, voire cotonneuses, nous emmènera au fond des pensées de son auteur.

Pour ces raisons, l’écoute se fait encore plus attentive. Comment résister au très soulful Life’s Riddle et ces mots remplis d’un constat froid et pourtant tellement humains (« I ascend from the root/ I made amends, I carved the proof
I hate the stench from the hatred in the room/ I know the Benz, it ain’t a basic loot « ) ? Ou à ces lyrics en mode photo, liens entre sa propre psyché et ce qui domine chez lui à ce jour, son art ? ( » Razor sharp memories up in the grooves/ On my brain, life’s riddle is the truth »)

Un blues contemporain, couleur marine

Navy Blue avec Ada Irin nous donne un album mélancolique. Quelques fois proche de mettre un genou à terre, il y a également cette volonté de se redresser, en même temps enfouie et si proche. Une fragilité de tous les instants, et à l’opposé, une force constamment ravivée par ses souvenirs. Il y a d’autres titres, en particulier une « trilogie » de morceaux qui trancheront avec le reste des atmosphères présentes.

Hari Kari fera office de moment jazzy et remuant, plus rythmé. La chanson est basée sur une boucle de percus, survolée par un piano entêtant. Le flow du rappeur accélère un peu pendant que le track défile. Sur la même lancée 22 ! entretiendra ce tempo ni trop enlevé, ni trop lent. Crash ! accompagné de cuivres chaleureux, posera l’éternelle question d’un hypothétique « Et si ? » puis l’évolution qui aurait pu en découler ( » My life grew, that’s right I grew up/ Try truth, don’t try amuse us/ What would I be if I ain’t have music ? »)

Signalons aussi l’impeccable In Good Hands avec son sample d’orgue très 70’s à la saveur échappée d’un autre temps. Une prise de conscience sur un avenir il n’y a apparemment pas si longtemps très flou où Navy Blue se réjouit d’être « entre de bonnes mains ». Souhaitons lui à minima cela.

Navy Blue: Ada Irin – La review: en conclusion

Il est l’heure de refermer le livre des souvenirs que nous a offert Navy Blue avec Ada Irin, et par la même occasion cette review. Il s’agit d’un album que j’ai eu plaisir à découvrir premièrement, à réécouter par la suite. Parti un peu à l’aventure pour cette chronique, j’en reviens avec la sensation d’avoir trouvé un nouveau compagnon de route. Sans travesti, sans fard, le jeune homme éponge ses bleus à l’âme à force de travail et trouve dans le rap un exutoire à ses démons.

Ada Irin a en plus le bon goût de ne jamais tomber dans la lourdeur tragique en partie grâce au choix des instrumentaux. Douces ou entraînantes, jamais longues les chansons évitent une trop grande gravité qui aurait pu se révéler fatale au vu des thèmes abordés par le rappeur.

Une belle carte de visite pour, espérons, une plus grande exposition future. Pas sur une planche de skate (la case est déjà cochée) , mais derrière le micro.

Pour aller plus loin:
Navy Blue: Bandcamp | Twitter |

Chronique réalisée en streaming Bandcamp.

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