BODY COUNT Carnivore-Tous Droits Réservés
BODY COUNT Carnivore-Tous Droits Réservés

Le célèbre groupe rapcore de Los Angeles, mené par l’Original Gangsta Ice T signe son retour avec un album flambant neuf. 28 ans après leur premier album, divers changements de line-up et des titres corrosifs flirtant avec la réalité, que vaut le nouvel opus ? Examinons cela de plus près.

Body Count, Carnivore la review donc. Pour les nouveaux arrivants, un point d’histoire. Body Count est formé en 1990 par Tracy Marrow. Si ce nom ne vous dit rien, Ice T devrait faire sonner quelques cloches dans votre tête. Un A.K.A incontournable parmi les artistes Hip Hop historiques. Originaire de Los Angeles, le rappeur sortit de grands albums comme Rhymes Pays, Power, The Iceberg/Freedom Of Speech ou bien OG: Original Gangster et Home Invasion, parmi d’autres. Ensuite les amateurs de séries TV policières l’ont sûrement déjà vu dans Law & Order. Mais l’un de ses rôles les plus marquants fut celui de Scotty Appleton dans New Jack City aux côtés de Wesley Snipes, au cinéma.

BC is in da house

Mais revenons à Body Count (souvent abrégé BC). Sa toute première apparition discographique officielle remonte à 1991 sur l’album OG: Original Gangster. La chanson éponyme constitua une surprise. Au beau milieu du disque, Ice T conviait Ernie C, Beatmaster V, MooseMan ainsi que D-Rock pour un titre proche du Punk et du Metal. Puis en 1992 le LP fondateur du même nom, arriva. Il contenait déjà tous les ingrédients de la formule BC à savoir un mélange de Thrash, de Metal et de lyrics crus en prise avec la réalité du quotidien.

Mentionnons que si l’étonnement de certains par rapport à l’orientation musicale du combo est compréhensible, cette dernière est logique. Le Rap contient des textes qui commentent ce à quoi doivent faire face les trois quart des gens dans leur vie. Le Thrash, lui même rejeton bâtard du Punk et du Metal, a souvent adopté un point de vue « social » dans ses paroles. Ice T et ses complices ont simplement choisi de perpétuer cette tradition en y ajoutant un chant rappé sur fond de guitares lourdes. Le MC y aborde différentes thématiques comme le racisme, la toxicomanie, l’autorité policière…

La controverse Cop Killer

Premier album donc et déjà premier drama, puisque Body Count contient le sulfureux Cop Killer. Cette chanson souleva une énorme polémique aux USA en son temps. Le rappeur se justifia en expliquant qu’elle signifiait le ras le bol vis à vis des brutalités policières du personnage créé pour le titre. Malgré les multiples renvois au 1er Amendement de la Constitution US, le combo retira la chanson de l’album sous la pression politique. Uniquement pour mieux la distribuer sous forme de single gratuit après.

Body Count Carnivore, la Review

L’orage passé, BC pu continuer sa route. D’autres albums suivirent, notamment Born Dead, Violent Demise: The Last Days, ou plus proche de nous, Bloodlust. Et nous arrivons en 2020, avec la dernière livraison de Body Count, Carnivore ainsi que notre review.

Une fois de plus, nous serons en terrain connu. Lorsque les accords de Carnivore résonnent, on reconnait immédiatement la patte BC. Quelques secondes s’écoulent avant que le flow caractéristique d’ Ice T n’arrive et plante définitivement le décor. « Digest these hoes, kill, repeat/ As savage as this all may seem/ I am called the human being/ Carnivore ! » déclame-t-il.

L’image parle d’elle même. Ice T compare l’homme à un prédateur moderne, dévorant tout, et surtout son prochain, au passage. Le morceau quant à lui est efficace. Gros beat de batterie lourd qui pose une base rythmique menaçante afin que Ice T puisse poser son chant syncopé, avant qu’un solo déchirant ne vienne lacérer l’ensemble.

Démarrage haute tension

Le nerveux Point The Finger verra Riley Gale des désormais célèbres Power Trip (très bon groupe de Power Thrash si vous ne connaissez pas) intervenir sur un morceau survolté, rageur à souhait alternant passages heavy et speed. On parlait plus haut de l’influence Thrash sur Body Count, elle apparaît plus qu’évidente ici. Un high kick taille 52 qui saura plaire aux fans du genre. Bum-Rush, un des singles issus de Carnivore martèlera son riff puissant ensuite. Bum-Rush met en lumière le bombardement d’informations auquel nous avons droit à l’heure actuelle, les divisions à l’intérieur du peuple dans son ensemble. Entre réseaux sociaux, télévision, presse etc… il devient parfois dur de s’y retrouver. Qui dit quoi ? Vrai ou faux ?

La chanson appartient à la lignée des chansons contestataires de Body Count et elle parvient sans mal à faire prendre conscience de certaines choses tout en vous donnant envie de sauter contre les murs de votre appartement (non, ce n’est pas incompatible).

Le combo a également l’habitude de rendre hommage aux groupes qui l’ont inspiré. Cette fois, la dédicace ira tout droit à Motörhead, dont le mythique chanteur/bassiste Lemmy a fait partie avant de mourir il y a quelques années. Ace Of Spades tonnera donc une énième fois dans des enceintes, avec une reprise qui rend sincèrement justice à l’original. RIP Lem’.

Amitié(s), souvenirs et respect

Autre chanson, autre invité. Jamey Jasta de Hatebreed, avec sa deuxième participation à un album de Body Count, viendra s’y coller. Outre cela, Another Level aura une approche oppressante et massive, mais néanmoins positive au final. Le morceau traite du fait de lutter contre l’adversité, d’arriver à s’élever hors de son marasme personnel. De se bouger le cul, de s’améliorer et de s’élever en somme. Jasta y assure des choeurs hurlés donnant au titre cette petite saveur Hardcore reconnaissable entre mille. Ice T revisitera par la suite son passé de rappeur avec une relecture de Colors, paru en 1988 dans sa version Rap.

Déjà bien connu des Hip Hop Heads, Colors version 2020 amène un surplus de dynamisme et a le mérite de lui donner un sérieux coup de lifting. En avait-il besoin ? Pour ma part, la chanson s’intègre très bien à la thématique du disque. La preuve, ce premier couplet froid, concret, tel une plaque de béton: « I am a nightmare walking, psychopath talking/King of my jungle just a gangster stalking/ Living life like a firecracker quick is my fuse/Then dead as a deathpack the colors I choose/ Red or Blue, Cuz or Blood, it just don’t matter/ Sucker die for your life when my shotgun scatters/ We gangs of L.A. will never die, just multiply »

N’y-a-t-il pas là quelque chose qui évoque à nouveau un… carnivore urbain ?

Amour et violence

Il y a aussi No Remorse qui verra Ice T se glisser dans la peau d’un personnage qui rend coup pour coup sans s’excuser pour autant, et nous écouterons par la suite When I’m Gone qui accueillera Amy Lee d’Evanescence en guest. Le chanteur introduit le titre en expliquant que le déclic qui lui a inspiré le morceau fut le récent décès de Nipsey Hussle, jeune rappeur assassiné alors que sa carrière était sur le point d’exploser. Entre mélodies et riff plombé, Ice T s’interrogera sur la question de la disparition subite d’un ou de plusieurs proches, voire de la sienne. Il demandera (ordonnera presque) aux gens de ne pas attendre que la mort emporte un ami, un membre de la famille avant de leur témoigner de l’amour.

Une chanson pesante, dans tous les sens du terme, au cours de laquelle Amy Lee amènera une touche quasi lyrique dans ses dernières secondes. Evidemment, le sujet, abordé maintes fois auparavant chez d’autres que Body Count, revêt un écho singulier quand on connaît la vie de la rue. Certes, de l’eau a coulé sous les ponts depuis mais Ice T connait cela. Il sait tout simplement de quoi il parle.

Body Count finit furieusement Carnivore

On conclura cette review du Carnivore de Body Count avec Thee Critical Beatdown et The Hate Is Real. Deux titres velus, l’un avec un break bien costaud qui traitera de « régler des comptes » suite aux divers déballages mensongers que l’on peut subir de la part d’une tierce personne. Histoire de se soulager un bon coup quoi. L’autre constituera une charge explosive envers un racisme bien trop présent en Amérique, ou dans le monde d’ailleurs. Sous influence Hardcore, BC dénoncera les fausses démonstrations de soutien ou de respect envers les minorités au profit d’une haine qui perdure à travers les époques. The Hate Is Real contient assez de kérosène pour envoyer brûler tous les préjugés brûler sur le même bûcher. Et la sève vocale qui l’accompagne sert avec ferveur le propos. Un point final bruyant.

Body Count Carnivore – la review, en conclusion

Body Count fait du Body Count. Classique, sans fard, authentique. En revanche, là ou vous pouvez compter sur le groupe, c’est quand il s’agit de vous donner votre dose de titres virulents, à l’épreuve des balles. Et Carnivore en contient un bon paquet.

Malgré les années qui passent, le combo semble plus à l’aise que jamais et grâce à ces chansons en acier trempé survolées par le flow incendiaire d’Ice T, critiquant les maux de notre société, Body Count se hisse sans mal à la hauteur des attentes. La production, très claire, musclée, aide par ailleurs beaucoup à mettre en valeur les nouvelles compositions. De plus, il est plaisant de constater qu’Ice T, 62 piges au compteur, conserve son regard lucide et affûté sur ce qu’il se passe autour de lui. Son humour noir, son sens de la critique, font heureusement toujours partie du voyage.

En tout cas, Carnivore ne manque pas de mordant et on écoutera ce nouveau chapitre made in Body Count avec un enthousiasme non feint.

Body Count-Carnivore, disponible le 06 Mars 2020 via Century Media

Pour aller plus loin

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