Guillaume Perret - A Certain Trip - Crédit Timothée Raymond
Guillaume Perret – A Certain Trip – Crédit Timothée Raymond

Bienvenue ! L’album de Guillaume PERRET, « A Certain Trip » vous attend cette semaine sur Zeekology. Une chronique particulière puisque nous parlerons Jazz. Le site étend son champ d’action et entend bien vous en faire profiter !

Mais qui est Guillaume Perret ?

Tout d’abord avant de commencer la review du dernier Guillaume Perret, « A Certain Trip » il faut faire un point bio pour ceux qui ne suivent pas: Guillaume Perret découvre des sons. Il sculpte les sonorités de son saxophone avec des pédales et des effets électrifiés pour amener ses notes vers un univers surprenant et inclassable, qui nous invite au rêve, étrangement musical.

Sa musique ne s’inscrit pas dans un genre, elle fait appel à nos sens. Il s’agit d’une innovante mixture de jazz contemporain, de grooves funky, d’electro, de sonorités orientales ou de metal hurlant… Une musique hybride, troublante, envoûtante, remplies d’images et de sensations.

Saxophoniste hors pair, compositeur hors norme, arrangeur de talent, John Zorn le décrit comme une « centrale nucléaire d’émotions » et publie le 1er album sur son label, Tzadik. (« Guillaume Perret & the Electric Epic » 2012). L’album fait une entrée fracassante dans le monde du Jazz puis gagne une nomination pour les victoires du Jazz.

Eclectique

En 2013 il sort « Doors EP » puis il crée son propre label « Kakoum Records » sur lequel sortira « Open me » en 2014, également accueilli unanimement par les médias. Elu « Talent Jazz Adami » son projet fait une centaine de concerts chaque année tant en France qu’à l’international. En 2016, la sortie de son album solo « Free » fait l’effet d’une bombe pour les mélomanes. À lui seul avec ses loopers, il réussit à reproduire les sons d’un orchestre entier.

Décrit comme « un film sonore ». cet album-manifeste balaye plus d’un demi-siècle de Jazz. Ses productions musicales sont également fréquemment sollicitées pour des synchronisations cinéma (« Thomas Pesquet l’étoffe d’un héros », « Lord of the Oceans ») Il signe la BO du film « 16 levers de soleil » qui sort en 2018. Dans son dernier album « A Certain Trip » à paraître en 2020, il remonte une formule en quartet.

Afin d’en augmenter les possibilités, Guillaume a customisé et électrifié son instrument en y incorporant plusieurs micros, mixers et lumières réagissant au son. Ces recherches l’ont amené à travailler avec différents ingénieurs, puis plusieurs partenaires dont il se rapproche étroitement. (Selmer, Sennheiser, Viga Music Tools, Aodyo Instruments, Roland, Vandoren, Syos…)

GUILLAUME PERRET – A CERTAIN TRIP REVIEW

Je vais vous faire un avoeu, Avant de commencer à vous parler de GUILLAUME PERRET et de son dernier album « A Certain Trip « , je ne connaissais pas l’artiste. Je fis sa rencontre, auditive uniquement, au hasard de mes pérégrinations sur les plate-formes de streaming que nous connaissons tous. Comme quoi, un clic peut de nos jours se révéler être très proche du bonheur parfois. Le premier morceau que j’entendis, Air Blast, résonna dans mes enceintes avec force et sérénité. Dès son intro, le morceau prit une tournure que j’ai instantanément adorée.

Aérienne et martiale à la fois, elle débouche sur une palette d’ambiances. Porté par une ligne de basse inébranlable ainsi que par le saxophone de GUILLAUME PERRET, le titre amène une facette énergique dès le départ, avant que n’arrivent pianos et synthétiseurs. Parfaits contrepoids aux premières atmosphères du morceau, les mélodies qui s’échappent de ces deux instruments apaisent l’ensemble. Globalement, nous avons là un titre cosmique, très « Space-Jazz », si vous me passez l’expression, une montée en apesanteur.

Une porte vers des contrées intérieures

Par la suite, A Certain Trip nous emmènera voyager. Les premières mesures du morceau éponyme d’album se dirigent en effet vers l’Orient. Un saxophone sinueux, vibrant, ondule vers le soleil brûlant où vous guettent, au choix, pyramides, minarets ou bien iwans offrant un peu d’ombre. La batterie explosera en toute fin de titre donnant ainsi à la chanson un terme épique, qui s’arrêtera de manière abrupte. A Certain Trip possède une bonne structure également. Un début calme, offrant néanmoins quelques légers changements au détour des notes, puis des interventions de synthé ajoutant encore au « trip » avant d’arriver à son court et grand final. Il se permettra de plus certaines rares et brèves saillies avant de nous ramener doucement mais sûrement vers le chemin de l’imaginaire.

Gulliver ensuite, viendra jouer sur des terres plus classiques. Une démonstration de Jazz décontracté mais carré. Mention particulière au piano qui claque certainement un des meilleurs moments du disque ici. PERRET laisse de toute évidence libre cours à la capacité de ses musiciens à prendre les rênes du voyage, quitte à s’effacer tout en restant présent. Son jeu ponctue ou souligne d’ailleurs le travail d’orfèvre du groupe lorsqu’il le laisse diriger le tout. Il sait tout simplement mettre ses hommes en avant.

De la Terre à la Lune…

Au tour du très funk Phatty de renverser les tables ! Le morceau tranche littéralement avec le reste. Entièrement dédié au groove (bien que « A Certain Trip » n’en manque pas jusqu’ici), Phatty propose scratches, beats, ainsi que des samples. La chanson se veut délibérément festive, propice au remuage de fesses. Il s’agit d’une plongée dans un club de Jazz où l’ambiance est chaude ! Encore une preuve que le Jazz, quand on le mélange à des musiques plus actuelles, peut parfaitement s’intégrer au reste. Bien sûr, le titre n’est pas ce que l’on qualifierait tout de suite d’expérimental mais le propos se situe clairement ailleurs. Et c’est bienvenu.

Into The Infinite déversera son aura intrigante durant près de six minutes. Un autre voyage, une autre étape. Envoûtante, mystérieuse, la chanson convoque à nouveau des paysages sonores spatiaux. Une incitation à la rêverie, un ordre à l’introspection, voilà ce que représente pour moi Into the Infinite. Le sax glisse tout seul, nous balade au sein des galaxies, nous maintient en suspend. Les claviers, décidément indispensables relais de ces environnements musicaux célestes, entourent les envolées cuivrées de GUILLAUME PERRET avec finesse avant de s’imposer comme seul moyen de transport universel.

…Et de la Lune aux profondeurs marines

Après le décollage galactique, GUILLAUME PERRET lors de la review de « A Certain Trip » nous convie à une plongée lumineuse au fin fond des océans. Terrestres ? Planète aquatique ? Nul ne le sait. Sirènes, avec ses rythmes (très beau travail du batteur dont la discrétion n’a d’égal, paradoxalement, que la puissance) et sa guitare saturée, sourde, en arrière-plan, prolongera l’expérience entamée avec des chansons comme Air Blast ou Into The Infinite. Au moment où l’atmosphère s’apesantit, le saxophoniste arrive à la rescousse et oxygène l’ensemble, par paliers de décompression successifs. Inversement, le plaisir que l’on a suivre cette mini odyssée marine s’accroît au fur et à mesure de l’immersion.

Mais notre homme n’en a pas encore fini avec l’élément liquide. Poseidonis installe une douce traversée avant que la marée ne se déchaîne quelque peu et secoue notre embarcation. Le titre, à l’aide de brefs moments plus soutenus, prendra par la suite un virage plus vigoureux, davantage tourné vers l’énergie à partir du milieu jusqu’au bout. Le Roi des Mers peut se satisfaire de l’interprétation de son empire, sans aucun doute.

Peace, huitième et dernière chanson de l’album, peut compter sur la participation du rappeur Anglais Nya, déjà collaborateur à une époque de quelqu’un comme Erik Truffaz. Seul titre comportant un véritable chant, Peace conclura « A Certain Trip » sur une note de dextérité et d’imagination. Libre, en somme. Il récapitule à lui tout seul une dernière fois tout ce qui fait la richesse du disque. Calme, force, improvisation, technique, nous écoutons l’ultime cadeau que nous fait GUILLAUME PERRET et son groupe.

En conclusion

Comme l’illustre ce que j’ai essayé de dire lors de cette review de « A Certain Trip » par GUILLAUME PERRET, nous tenons donc là un bon, un excellent disque de Jazz. La musique… La musique à elle seule instaure un climat très cinématographique dont l’une des sources premières sera nous mêmes. Le voyage auquel nous convie Mr PERRET commence à l’ intérieur. Les images que pointeront du bout des notes le groupe viendront de vote tête, de votre vécu. La BO de vos expériences en quelque sorte.

D’ailleurs, à ce sujet, nous soulignerons la très bonne tenue de l’intention. « A Certain Trip » ouvre des portes mais n’en ferme jamais. Tout ici n’existe que pour l’imaginaire, votre interprétation de la proposition. Sur un plan plus technique, tout d’abord il faut dire que sous une apparence facile, plusieurs écoutes seront nécessaires avant de saisir les nuances d’émotions, les couches musicales qui donnent aux chansons leur consistance. C’est dire à quel niveau de savoir-faire le groupe se situe. Pourtant l’album reste accessible, immédiatement appréciable. Quasiment fait pour l’écouter en boucle.

L’important n’est pas le voyage mais la destination dit-on. Dans le cas présent, les deux ont autant d’importance l’un que l’autre.

Un certain trip ? Evidemment !

Une grande réussite et un grand bravo.

TRACKLIST

1) Air Blast
2) A Certain Trip
3) Gulliver
4) Phatty
5) Into The Infinite
6) Sirènes
7) Poseidonis
8) Peace

Guillaume Perret Online: Site Officiel | Facebook | Twitter | Instagram

Chronique réalisée avec l’aimable autorisation et le concours de French Paradox

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