RAASHAN AHMAD The Sun

RAASHAN AHMAD The Sun-Tous droits réservés
RAASHAN AHMAD The Sun-Tous droits réservés

J’ai de nouveau le plaisir de vous retrouver afin que nous partagions ensemble le nouveau disque de Raashan Ahmad, The Sun et donc cette review.

Pour commencer, voici un bref résumé de l’artiste: Raashan Ahmad est un MC, producteur, DJ, dirige des labels avec une carrière florissante en tant qu’artiste Hip Hop. Il est le leader du groupe live Mission / Crown City Rockers. Par la suite, l’album Earthtones sort en 2004. Plus tard, en 2008, son album solo The Push sort sur Om Music avec des noms tels que de DJ Vadim, Aloe Blacc, Headnodic (de Crown City Rockers / Mighty Underdogs), Stro the 89th Key (de The Procussions), Descry entre autres.

Puis pour le single City Feel Proud, il collabore avec Chali 2na du groupe Jurassic 5, une production d’Eligh of the Living Legends et un remix de Quantic. Il a également vu sa notoriété grandir avec certaines mentions prestigieuses comme celles de XXL «Chairman’s Choice», ou dans des magazines de renom à l’instar du San Francisco Weekly et du San Francisco Guardian.

Un album solaire

Facile comme intro hein ? Et pourtant, l’essence même de ce projet, ou EP dirons nous plutôt, au vu de sa durée, c’est bien l’astre lumineux. Pas comme thématique principale, mais à bien considérer les choses, il s’en dégage une chaleur, de la luminosité. Par les temps que nous traversons actuellement, il est toujours important de souligner ce genre de choses je trouve. Quoiqu’il en soit The Sun vous procurera votre dose de beats et d’optimisme pour la journée. Voire plus si affinités.

A vrai dire, je triche un peu. Raashan Ahmad a sorti The Sun il y a bientôt un an maintenant. Et en toute honnêteté, je l’ai écouté il y a seulement quelques semaines. Mais comme je l’ai trouvé digne d’intérêt, je n’ai pas pu résister à l’envie de vous en parler. Le disque vous guidera donc à travers un état d’esprit positif. Des valeurs que connaissent, ou qu’on connu le Hip Hop à ses débuts. Mais si, rappellez vous: Peace, Unity, Love and Having Fun. Une façon de penser, un art de vivre malheureusement quelque peu tombé en désuétude ces dernières années.

Après la pluie, le beau temps

Le disque s’ouvre par l’entremise de No, probablement le titre le plus incisif de l’album. Car si Raashan Ahmad utilise un verbe gracieux, il n’oublie pas qu’un bon MC, en plus de maîtriser son flow, se doit d’avoir du contenu lyrical. Ca tombe bien, cela ne pouvait pas mieux démarrer. Le fond musical, lourd et rapide à la fois, met en évidence des paroles écrites au feu:  » Killing or the prison, the system ain’t about healing/ They call us the villains while dealing the blows to my people/ It’s never been equal sequal or trilogy same thing/ Choke us and shoot us treat us like animals, bang bang « .

Mais ceci ne représente que le point de départ d’une réflexion plus globale, abordant le respect de la vie privée sur Internet, l’hypocrisie de certains religieux ou bien les fausses distractions distribuées par la TV, la radio. Pour enfin aboutir à ce NO ! résolument ancré dans la réalité de notre époque, accompagné par un saxophone en roue libre qui vient interrompre l’instrumental à intermittence régulière, ajoutant encore un peu plus à l’instabilité générale que décrivent ces paroles.

Mighty Healthy

La suite tranchera radicalement avec ce premier morceau puisque Body Heat ou Wonderful Fantastic, dopés aux influences Néo Soul pour le premier et au gros Funk ultra groovy, références à Busta Rhymes feat A Tribe Called Quest en cadeau (Roaaar ! Roooar ! like a dungeon dragon !) pour le second, arriveront à point nommé pour chasser les nuages. S’il écrit et chante sur le poison, sa musique devient l’antidote à la grisaille du quotidien.

Mettons également en avant le morceau I Got Life, dont la vibe me fait penser, même d’assez loin, au SpottieOttieDopaliscious d’Outkast. Même genre de morceau qui se balance sur des cuivres nonchalants, plus une très très légère saveur Reggae en arrière plan. Une chanson parfaite pour se rappeler que parfois, il faut savoir se recentrer. Nous sommes en vie. C’est bien là le principal.

Puis surprise, une voix que nous connaissons en France sous le nom de Keren Ann se posera sur la guitare sèche de The Day the Sun Came. Le duo se complète bien quand on y pense, l’univers de la chanteuse ayant souvent véhiculé la même tranquillité, une sorte d’humeur propice au vague à l’âme.

Un soleil au beau fixe

Retour au rap plus classique avec Pain Away. Raashan Ahmad fera une nouvelle fois étalage de sa science du débit verbal classieuse, technique tout en restant sobre. Pas de faux roulements, ni de flow expédié à la vitesse de la lumière. Juste un titre positif Jazzy et une supplication: « Take My Pain Away ». Pour autant l’ambiance n’est pas à l’apitoiement mais plutôt à l’introspection, nuance. Très cool, Ahmad y expose une histoire d’où il tire une leçon de vie, un besoin de communiquer finalement pas si éloigné du statut de rappeur. De l’amitié, un salut.

Ensuite le superbe Breathe (« Respire ») nous emmènera sur un terrain semblable, très bel appel à la quiétude intérieure. Un rappel apaisant nous intimant l’ordre de souffler, de prendre le temps. De couper avec les petites agressions du quotidien, le stress, les mauvaises nouvelles. Nous finirons sur Sea, ses accords ainsi que sa flûte paisible. Ultime chanson d’un disque se voulant un trip intérieur, elle conclue de façon harmonieuse The Sun.

RAASHAN AHMAD The Sun la review, en conclusion

Le MC délivre un opus d’une part rafraîchissant, de l’autre respectueux de son art. Il livre peut-être ici sa vision du meilleur des deux mondes. On sent que cet homme a trouvé dans le Hip Hop une façon de répondre à certaines questions intérieures, humaines. Sa principale force réside dans le fait qu’en produisant un son très simple en apparence, on s’aperçoit bien vite de la multiplicité de ses influences musicales. Puis on écoute. Raashan Ahmad kidnappe notre oreille et notre cerveau, calmement.

Ses paroles nous questionnent, nous et notre rapport à ce qui nous entoure. Ce que nous vivons au jour le jour. Parfois il semble qu’il est proche de mettre un genou à terre, sauf que par volonté et/ou par habitude, il se reprend et avance. N’oublions pas des capacités purement techniques largement au niveau, un accompagnement sonore varié, et vous obtenez un disque résolument optimiste que je vous encourage vivement à découvrir, au même titre que d’autres sorties plus récentes.

Pour aller plus loin:
Raashan Ahmad Online: Twitter | Facebook | Instagram | Bandcamp

Raashan Ahmad-the Sun, déjà disponible.

Chronique réalisée à partir d’un exemplaire dématérialisé Bandcamp de l’album The Sun.

VDon Black Mass Review

VDon Black Mass Review-Tous droits réservés
VDon Black Mass Review-Tous droits réservés

Le producteur VDon a sorti il y a quelques jours l’album Black Mass, son nouveau projet, ce qui nous donne, après le Navy Blue un peu plus tôt, une excellente excuse pour faire une… review. Vous allez me demander: « Mais qui donc est VDon ? » Et bien il s’agit d’un producteur apparu en 2010. Au cours de cette même année, VDon a produit le single « Large On The Streets » du résident de Harlem et rappeur Vado, présenté au XXL Top 10 Freshman Concert 2010 suivi d’une première vidéo sur BET’s 106 & Park. 

En 2011, VDon participe à la production du disque de ASAP Rocky « Long Live ASAP » augmentant ainsi sa popularité. Il a également contribué à une grande variété de projets allant de Lloyd Banks, 50 Cent, Curren$y, Smoke DZA, à Jadakiss ou Stylez P et d’autres. Puis, en 2015, VDon a finalement sorti son premier album « The Opiate » avec le collectif Serious Soundz.

(Source: Serious Soundz.com)

VDON BLACK MASS REVIEW

Il y a des albums qui vous hantent. Black Mass fait partie ceux là. D’abord parce que en dépit de morceaux relativement courts (l’album dépasse à peine les 30 minutes), il s’en dégage une aura envoûtante qui arrive à retenir notre attention. Le titre ne pouvait être mieux choisi. Les diverses ambiances font penser à une sorte d’élément vaporeux, une litanie musicale obscure. A base de boucles de piano soit hypnotiques ( le titre éponyme qui voit également Eto venir débiter élégamment ses rimes ) ou bien mélancoliques, elles forment un curieux nuage sonore, à l’instar d’un rêve étrange que l’on aurait fait et dont on se réveille.

Ensuite les productions élaborées par VDon ne donnent pas dans la démonstration prétentieuse. Plutôt minimales et à la fois très présentes, habitées, elles servent au mieux les propos des MC’s invités sur le projet. D’ailleurs ces invités qui sont-ils ? Outre Eto, nous croiseront donc des gens tels que Dave East sur le très bon Get Back. Mais aussi D Polo, sur le jazzy Weather Of March ou Dark Lo avec un Forefathers revanchard soutenu par des choeurs lyriques de toute beauté.

Quelque chose du passé

Black Mass a beau être un projet sorti récemment, je dois dire que certains passages m’ont ramené à une époque que les moins de 20 ans n’ont pas connu. Celle des productions que l’on pourrait peut-être qualifier de grim n’ gritty, ces sons durs et/ou plus ou moins darks, parfois étouffants. Néanmoins, VDon apporte sa touche personnelle et s’en éloigne ou s’en rapproche au gré de ses compositions. Un travail bien fait qui fait échos aux habillages sonores d’un Muggs voire d’un RZA par exemple. Il s’agit d’un rap à l’esthétique principalement acoustique et, encore une fois, versant dans quelque chose de lent, avec des instrumentaux qui pourraient éventuellement se suffire à eux mêmes.

Loin d’être un défaut, je trouve en fait cela assez rafraîchissant dans un paysage ou la Trap domine. Il en faut aussi, mais ce style de disque permet de revenir à un hip-hop plus classique, ce dont on se plaindra pas par ici.

Black Mass, la review-en conclusion

Le producteur New Yorkais livre ici un EP brillant, contrairement à ce que suggère son titre. Il marque par la qualité constante des instrumentaux, ainsi que les talents choisis pour incarner des textes crus, réels. Encore une fois, sa concision évite une redondance dans sa proposition et 30 minutes suffisent largement à satisfaire un auditeur qui, le cas échéant, en redemandera certainement.

Avec un peu de chance, Black Mass vous accompagnera un certain temps, vous faisant découvrir sa palette de couleurs. Un arc-en-ciel allant du gris clair au… noir foncé.

Pour aller plus loin:
VDon: Serious Soundz|ITunes|Twitter|Facebook|Instagram

VDon-Black Mass disponible depuis le 07/02/20

Chronique réalisée à partir du service de streaming Youtube.

Navy Blue Ada Irin

Navy Blue Ada Irin-Tous droits réservés
Navy Blue Ada Irin-Tous droits réservés

Bonjour à toutes et à tous, aujourd’hui nous allons nous atteler à la review de l’album de Navy Blue, Ada Irin.
Si le nom de ce jeune rappeur ne vous évoque rien, rassurez vous, cela ne saurait tarder. En particulier si vous guettez avidement les sorties de disques underground. En effet Ada Irin est son premier album. Mais un premier album qui finalise un cycle d’EP et autres maxis.

Sage Elgesser de son vrai nom a donc sorti une bonne dizaine de projets personnels entre 2015 et 2019. Dire que le bonhomme est occupé tient de l’euphémisme. Entre une carrière de rappeur, producteur (pour Mach Hommy, Tha God Fahim ou Earl Sweatshirt entre autres), skateur ou encore modèle, il a néanmoins trouvé le temps de nous envoyer Ada Irin en ce début 2020.

Ada Irin: De la constance dans l’effort

Comme beaucoup de jeunes artistes de nos jours, Elgesser commence à sortir ses productions via Soundcloud sous le nom de Navy Blue. Un moyen comme un autre de partager son travail avec un public de curieux, constamment à la pointe de l’actualité. Etant connu dans d’autres milieux, cela lui permit également de rester discret quant à ses activités musicales. Enfin, ces différents projets lui offrent l’occasion de chercher, puis de trouver son style afin de le peaufiner tranquillement.

Lorsqu’il se sentit assez aguerri, il publia en 2015 According to the Waterbearer son premier effort. Et depuis, Elgesser ne s’est plus arrêté. De manière générale, les années qui suivirent ont connu un tournant au niveau du rythme et de la qualité des sorties. Comme je le disais plus haut, ce sont une dizaine de projets qui ont vu le jour en 5 ans. April Blue, Navy in Rage, Yvan Wen ou bien From the Heart ont tous été publiés au cours de cette période extrêmement productive. Ce qui nous conduit tout droit à son premier album en date, Ada Irin dont nous allons commencer sans plus attendre la chronique.

Navy Blue: Ada Irin-La review

Ada Irin est un disque authentique. Du haut de ses 23 ans le jeune rappeur a choisi de se confier. Il ouvre les pages d’un livre où se mêlent ses souvenirs d’enfance, ses problèmes, ses douleurs, mais aussi et heureusement quelques rayons de lumière. Au travers de rimes pouvant paraître mystérieuses et dont lui seul semble avoir la clé, Elgesser laisse cependant assez de traces pour que l’auditeur puisse le suivre. Faisant le lien entre ses ennuis et la motivation qui le pousse à avancer ( « Nothing seems to quit except the truth on the sweat/ I left my shoes in the shade and had my feet in the water  » sur le resplendissant With Sage), nous pouvons deviner que l’opus, grâce à des lyrics parfois durs, parfois à fleur de peau, et à des ambiances paradoxalement douces, voire cotonneuses, nous emmènera au fond des pensées de son auteur.

Pour ces raisons, l’écoute se fait encore plus attentive. Comment résister au très soulful Life’s Riddle et ces mots remplis d’un constat froid et pourtant tellement humains (« I ascend from the root/ I made amends, I carved the proof
I hate the stench from the hatred in the room/ I know the Benz, it ain’t a basic loot « ) ? Ou à ces lyrics en mode photo, liens entre sa propre psyché et ce qui domine chez lui à ce jour, son art ? ( » Razor sharp memories up in the grooves/ On my brain, life’s riddle is the truth »)

Un blues contemporain, couleur marine

Navy Blue avec Ada Irin nous donne un album mélancolique. Quelques fois proche de mettre un genou à terre, il y a également cette volonté de se redresser, en même temps enfouie et si proche. Une fragilité de tous les instants, et à l’opposé, une force constamment ravivée par ses souvenirs. Il y a d’autres titres, en particulier une « trilogie » de morceaux qui trancheront avec le reste des atmosphères présentes.

Hari Kari fera office de moment jazzy et remuant, plus rythmé. La chanson est basée sur une boucle de percus, survolée par un piano entêtant. Le flow du rappeur accélère un peu pendant que le track défile. Sur la même lancée 22 ! entretiendra ce tempo ni trop enlevé, ni trop lent. Crash ! accompagné de cuivres chaleureux, posera l’éternelle question d’un hypothétique « Et si ? » puis l’évolution qui aurait pu en découler ( » My life grew, that’s right I grew up/ Try truth, don’t try amuse us/ What would I be if I ain’t have music ? »)

Signalons aussi l’impeccable In Good Hands avec son sample d’orgue très 70’s à la saveur échappée d’un autre temps. Une prise de conscience sur un avenir il n’y a apparemment pas si longtemps très flou où Navy Blue se réjouit d’être « entre de bonnes mains ». Souhaitons lui à minima cela.

Navy Blue: Ada Irin – La review: en conclusion

Il est l’heure de refermer le livre des souvenirs que nous a offert Navy Blue avec Ada Irin, et par la même occasion cette review. Il s’agit d’un album que j’ai eu plaisir à découvrir premièrement, à réécouter par la suite. Parti un peu à l’aventure pour cette chronique, j’en reviens avec la sensation d’avoir trouvé un nouveau compagnon de route. Sans travesti, sans fard, le jeune homme éponge ses bleus à l’âme à force de travail et trouve dans le rap un exutoire à ses démons.

Ada Irin a en plus le bon goût de ne jamais tomber dans la lourdeur tragique en partie grâce au choix des instrumentaux. Douces ou entraînantes, jamais longues les chansons évitent une trop grande gravité qui aurait pu se révéler fatale au vu des thèmes abordés par le rappeur.

Une belle carte de visite pour, espérons, une plus grande exposition future. Pas sur une planche de skate (la case est déjà cochée) , mais derrière le micro.

Pour aller plus loin:
Navy Blue: Bandcamp | Twitter |

Chronique réalisée en streaming Bandcamp.

Demi Portion La Bonne Ecole

Demi Portion La Bonne Ecole-Photos: Fifou-Tous droits réservés
Demi Portion La Bonne Ecole-Photos: Fifou-Tous droits réservés

Demi Portion, gros débuts

Premièrement, avec de débuter cette chronique du nouveau Demi Portion, La Bonne Ecole, il faut faire les présentations pour les nouveaux du fond de la classe:

Rachid Daif dit Demi Portion commence derrière le micro en 1995 dans le duo Les Grandes Gueules (en compagnie de Sprinter). Originaires de Sète (Hérault), leurs premiers haut-faits marquent l’année 1996 en première partie de Fonky Family dans leur ville natale. Les mixtapes On Ne Peut Pas Plaire à Tout le Monde, Vol. 1 en 2006 et On Ne Peut Pas Plaire à Tout le Monde, Vol. 2 en 2007. En 2008 Demi-Portion décide de voler de ses propres ailes en débutant une carrière solo avec 8 Titres et Demi, Vol. 1 en 2008.

Demi Portion aime les belles plumes et en tant que Sétois, ne manque pas de rendre hommage à Georges Brassens, dont il reprend « Bonhomme » et « Le Mécréant ». La suite arrive vite et Demi Portion publie 8 Titres et Demi, Vol. 2 suivi de l’album En Paradis d’Enfer avec Les Grandes Gueules. Grâce à un réel don pour les mots et son respect pour un rap servi concrètement sans fard ni maquillage, il accède à la reconnaissance en octobre 2011 avec Artisan du Bic.

La confirmation

Loin de se servir de ce succès pour capitaliser à outrance dessus , Demi Portion préfère se la jouer discret. Sous le Choc et Sous le Choc, Vol. 2 donnent en octobre 2012 un avant-goût de l’album Les Histoires annoncé par Demi Portion qui sortira le 25 novembre 2013. Préférant l’ indépendance, Demi Portion enchaîne les tournées pour attirer les regards sur sa musique. En 2015, Dragon Rash, inspiré par Dragon Ball Z invite Oxmo Puccino, Disiz, Aketo et Mokless dans ce retour vers les années 1990.

Dans cette même démarche de qualité, 2 Chez Moiqui paraît donc en janvier 2017 convoque Swift Guad, Oxmo Puccino, Scylla ou encore Davodka pour un disque qui n’a pas attendu ces collaborations pour se placer au-dessus de la mêlée. Le flow impeccable, la rime tranchante, des textes et thèmes forts, font de Demi Portion l’un des successeurs évidents des grands artistes du Rap français.
(Source: Biographie Demi Portion-Universal France)

Rentrée des classes

Et nous voici en 2020, année où Demi Portion sort donc un nouvel album, La Bonne Ecole qui comporte 18 titres et divers featurings: Féfé, Rocé, Davodka, Big Flo et Oli, Grands Corps Malade, Furax Barbarossa ou bien encore Scylla et Sofiane Pamart.

Avec La Bonne Ecole, Demi Portion nous convie à un voyage direction l’école de la vie. Sa vie, en l’occurrence. Itinéraire personnel, parcours dans la musique. Idées dans la tête puis couchées sur un morceau de papier. Sept sur Sète, ouvre en premier le cahier d’ un cours en 18 chapitres. Le flow du rappeur rebondit sur l’instru avec aisance et les références arrivent: Brassens (« Non, non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux », puis sample l’extrait d’une interview du chanteur à la fin, extrait à la fois ancien et lucide sur notre époque) ainsi que celui beaucoup plus surprenant de Mireille Mathieu sur le pont du morceau. Evidemment, on retrouve aussi d’autres repères familiers pour le fan de rap (« Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direct' » renverra à la Scred Connexion).

Fin de récréation

Le titre éponyme, déclaration d’amour au Rap ainsi qu’à ses acteurs, se veut fédérateur et unit anciens et nouveaux soldats du Hip Hop dans une même ambiance, positive, percutante. Petit Bonhomme Vol. 2, construit sur l’échantillon du « Shape Of My Heart » de Sting viendra nous rappeler avec poésie que la vie est courte. Qu’il vaut mieux passer son temps à construire qu’à détruire et en fin de titre, pointera vers une certaine responsabilité quand on rappe (« Maintenant qu’on est grand /On dit souvent qu’on s’en fout/ Mais les petits nous écoutent/ Paroliers, la bonne école/ Petit Bonhomme, Demi Portion »).

Tour Du Monde feat Féfé sur une prod’ chaleureuse de Nid2Renard, mettra en parallèle la vie dans un quartier face aux problèmes du monde globalement. A échelle différente, finalement c’est la même chose: face au bordel ambiant, il ne reste que l’humain et les valeurs qu’il/elle peut véhiculer. Le délicat Mon Dico Vol.5 avec Sofiane Pamart au piano, montre Demi Portion dans un bel exercice de style, empreint de mélancolie. Quelques mots, ou concepts, donneront lieu à leur définition vue par l’artiste pour un morceau certes un peu triste mais magnifique de par sa ligne mélodique et sa construction.

Demi Portion, La Bonne Ecole = bon élève mais pas fayot

Si jusqu’à présent, on peut dégager une tendance old school quant au choix de la direction sonore de La Bonne Ecole, Ce Qu’il Nous Reste feat. Big Flo et Oli sera plus enlevé, presque festif grâce à ses guitares placées sur un beat dansant. Plus loin, La Lettre célèbrera justement l’art du featuring et de l’amitié entre deux MC, dans un titre lourd. Instrumentalement parlant d’abord, lourd de sens également, doublé d’un constat sur la réalité d’être un rappeur indépendant des deux côtés du micro ensuite ( » Atterrir mais est-c’que la musique est un vrai boulot ?/ J’ai galéré à m’faire entendre comme un walkman sous l’eau/ Donc aujourd’hui, j’ai une revanche et un message pour les nôtres
J’ai voulu prendre mon temps mais c’est une course contre la montre » du côté Demi Portion.

Dis-moi qu’on a fait la fierté de nos rents-pa/ Que Liberté, Égalité, Fraternité ne m’auront pas/ Que Vanité sera chassée de nos remparts/ Que l’humanité, c’est nos gosses et gars ça, c’est de l’or en barre/ Sinon pour ma part, Rachid, là où j’écris ça/ Y a toujours pas d’couleurs, pas de magie, la rouge est grise/ Loin des clashs est biz’ j’suis classé bizarre/ Loin des plages d’Ibiza, ici, c’est glacé blizzard » côté Furax Barbarossa)

Demi Portion, la bonne école (des fans)

Non Stop, ode à la persévérance, comptera sur une excellente prestation de Davodka avec un texte volontaire, porté par un son aérien du plus bel effet. Retour au bon vieux boom bap pour Les Hommes, puis L’Addition avec Grand Corps Malade relatera la rencontre entre GCM et Demi Portion. Une fois de plus un track qui marque une amitié, décidément une notion importante et très présente sur l’album.

Le sinueux Rétro se penchera sur le passé et le présent d’une passion: celle de tenir un micro, droit dans ses Nike, à rapper des lyrics sur des scènes aux quatre coins du pays. Fier de représenter son art d’abord, et puis les siens, son vécu, ses ambitions.

Can’t Stop, Won’t Stop

Et en parlant de représenter, nous écoutons plus tard Lyricistes en présence de l’un des meilleurs rappeurs de l’hexagone, Rocé, qui honore La Bonne Ecole de sa voix et de ses mots. Un choix évident tant lui et Demi Portion se complètent. Beat puissant, paroles lancées tels des blocs de béton. L’ambiance est néanmoins à l’humilité et à l’amour de l’écriture. Meilleur feat de l’album pour moi, pourtant déjà bien fourni à ce niveau.

Flashback referme le cahier avec un panache estampillé 90’s. A commencer par l’instrumental, une fois de plus un excellent boom bap classique qui renverra les vieux briscards à des atmosphères bien connues (le Heyyy Hooo de Naughty By Nature par exemple). Le flow de Demi Portion tournera tout seul sur ce son nostalgique, emportant notre nuque, qui hoche de plaisir à chaque mesure. Une merveille qui se termine sur une dédicace aux anciens crews. Magique.

En conclusion

N’y allons pas par quatre chemins: de Hip Hop, il n’est question que de cela ici. De l’exécution à l’environnement musical, ce disque transpire la passion pour un art, un mode de vie, de pensée, similaire à nul autre pareil. De ses choix d’invités aussi. Demi Portion réussit brillamment là où certains échouent actuellement: allier fond et forme dans un ensemble cohérent. Loin des clichés véhiculés par une partie du Rap, le MC reste humble et pourtant rayonne dès qu’il s’agit d’ouvrir les vannes.

Propos sensés, partage de ses valeurs avec les auditeurs, productions consistantes au parfum « ancienne école » mais moderne en même temps, il livre un album homogène de bout en bout. Une réussite qui n’en serait peut-être pas une sans le travail de l’ensemble des beatmakers MR S, Itam, 2TI, Nid2renard, NabH24, Mkash, Sheemi & Tricks, Beep Beep, El Gaouli ou DJ Rolxx qui réussissent à donner plusieurs couleurs aux mots, aux sensations. Du travail (très) bien fait. Demi Portion avec La Bonne Ecole passe l’examen final avec les félicitations du jury pour ce trimestre et se hisse une fois de plus au niveau auquel nous l’attendions ici: Celui d’un rappeur précieux pour le rap français et qu’on aimerait voir sous les projecteurs plus souvent.

Tout simplement brillant et généreux.

L’avis totalement subjectif (et non obligatoire) du rédacteur

Si vous devez choisir un disque dans le genre en ce moment, faites vous une faveur. Tournez la tête de gondole du rayon Rap US, lâchez vos 10 euros et mettez le disque. Soutenez un p’tit gars de chez nous qui ne vous la fera pas à l’envers. Après vous faites comme vous voulez hein. Mais ne venez pas dire « Le rap c’était mieux avant » surtout lorsque vous aurez écouté la galette. J’dis ca, j’dis rien…



Pour aller plus loin:
Facebook|Twitter

Demi Portion, La Bonne Ecole: Album disponible partout.

Chronique réalisée à partir d’un exemplaire physique de l’album acheté par nos soins.

Review Slowthai-Nothing Great About Britain

Review Slowthai-Nothing Great About Britain

Welcome To Northampton

Slowthai , jeune rappeur Anglais sort aujourd’hui Nothing Great About Britain, son premier album. Premièrement oublions un peu les villes de Los Angeles, New York ou Atlanta pour nous plonger dans la bonne cité de Northampton ville d’ou est originaire Slowthai. L’Angleterre a démontré que niveau Rap, elle n’avait rien à envier aux autres coins du monde avec des artistes tels que Skepta, Roots Manuva, Loyle Carner, Wiley ou encore Dizzee Rascal.

Ensuite, si certains artistes ont choisi de suivre la route de leurs congénères américains, Slowthai a choisi d’emprunter la sienne. Je préfère prévenir: sur Nothing Great About Britain, on ne retrouvera quasiment rien qui ne s’apparente de près à de loin aux actuels leaders du mouvement aux US. En revanche, vous aurez néanmoins un disque de haute volée qui rappellera peut être The Streets (ou certains des noms cités plus haut) aux plus anciens mais en version cogneur, abrasif.

Si j’évoque ici The Streets c’est parce que Slowthai a l’habileté de tremper ses beats avec d’autres influences. Pour commencer Doorman sera un parfait exemple de Rap aux accents rythmiques brutaux, faisant plus penser à une soirée dans un hangar crasseux qu’au décorum d’un dancefloor « bling-bling ». Dead Leaves aura cet instru saccadé qui servira le flow haletant et hâché de Slowthai. Gorgeous et sa boucle de piano léger raconteront les souvenirs d’une enfance apparemment assez agitée.

God Won’t Save The Queen

Par la suite, nous continuerons sur une lancée planante avec Crack, histoire d’amour défoncée ( » I love you like a crackhead loves crack ») se terminant par une rupture évidente où le personnage, anesthésié, accepte la décision de sa conjointe de partir de manière complètement détachée. En revanche la suite sera plus terre à terre puisque plus loin nous entendrons Slowthai feat Skepta pour un Inglorious soutenu par des basses guerrières. Les deux MC découperont l’instru comme il se doit, bien entendu:

You say gang shit
I ain’t about that gang shit,
I’m a solo wolf, lone wolf eating up that gang shit […]

Young boy with the hot head, I was on stage with the mash,
Just in case somebody told me to suck my mum in the clash ,
Way too, way too, way too, way too gassed
Heard man talk about drip, rudeboy what you know about splash
What a beautiful murder
With a Samurai sword, I slaughter.

Même sa quête de paix intérieure semble illusoire lorsque vient l’heure de chercher un peu de repos afin d’échapper à un morne quotidien, sur Peace Of Mind:

I feel peace of mind when I’m sleeping in my bed and I can’t hear it
I feel peace of mind when I’m dreaming of a life I ain’t living.

L’album finit sur Northampton’s Child, dans lequel Slowthai rend hommage à sa mère, la seule personne lui ayant appris les valeurs de la vie au coeur d’un environnement pas toujours tendre.

En conclusion

Slowthai livre donc avec Nothing Great About Britain un polaroïd du climat actuel qui semble régner chez une partie de la jeunesse anglaise actuelle. Lui même donne l’impression d’avoir eu son lot de déceptions et de désillusions. Bonne nouvelle, sa maîtrise du micro, aidée par des instrumentaux qui instaurent une ambiance unique sur chaque morceau devraient lui permettre de viser plus haut grâce à cet excellent premier album que l’on conseillera. Peut être parce que ce Nothing Great About Britain contient un peu du reflet de n’importe lequel d’entre nous. Il est humain avec ses réussites et ses failles.

Vivement la suite.

Review Sefyu-Yusef

Sefyu-Yusef
Sefyu-Yusef-Tous droits réservés

Le retour du Yu

Sefyu avec Yusef met un terme à 8 ans d’absence. 8 années qui auront servi à parfaire ce nouveau projet qui aborde de multiples thèmes et je vous propose de rentrer immédiatement dans le tour d’horizon de Yusef.

L’album s’ouvre sur Interpellation et rappelle immédiatement pourquoi on aime Sefyu. Un son lourd et le phrasé caractéristique du rappeur mettent en valeur un propos mi-provoc, mi-conscient, en tout cas rarement gratuit et pointe du doigt les raisons qui donnent au climat social actuel son parfum de soufre.

Mal(à)laise se chargera de remettre les pendules à l’heure chez ceux qui ont un complexe d’identité et qui s’inventent les vies que d’autres cherchent justement à fuir. Le discours reste direct et sans détour, l’instru tape direct au foie.

Sefyu enchaîne ce début sans fautes avant que ne débute l’un des premiers sommets de Yusef: De La Neige Dans Les Collèges. Un morceau qui parle d’une certaine partie de la jeunesse à la dérive, sans autres repères que ce que la télé, internet et le bordel ambiant leur met devant les yeux. Un track très intéressant, lourd de sens. Sefyu arrive à rendre un constat froid et concret avec une facilité déconcertante. Certainement l’un des morceaux les plus réussis de l’album.

De la suite dans les idées

Dans la glace parlera des préjugés, du racisme malheureusement ordinaire et quotidien et d’une vaine recherche d’identification afin d’y échapper. Un peu comme la phrase le dit: A force d’entendre que tu es stupide, tu finis par le croire. Sauf qu’entre-temps quand on se regarde dans le miroir on se rend compte que notre pire ennemi, c’est nous. Un morceau bien mené.

La prison montrera le bout de ses barreaux avec 13m2. Sefyu décrit la fin d’un « taulier », mis en prison et finissant tragiquement sa vie.

Un morceau plutôt classique mais qui met en lumière une chose importante sur Yusef: il y a dans cet album, comme il y a souvent eu chez Sefyu d’ailleurs avant cela, un parallèle hyper intéressant entre textes percutants, articulés autour d’une idée, et des thématiques réelles, déclamées froidement, entretenant encore le côté concret des textes. Le tout est porté sur des instrus parfois aériens, cools ou plus sombre et hardcore. Cela donne un côté « scénario réel », l’instantané d’une image très bien faite si vous voyez ce que je veux dire.

Deux autres grands morceaux suivront: Gunshot et Uni. Le premier, très épuré, très « cloud-rap » dans son approche sonore est à nouveau un constat désabusé sur la société. Et à nouveau c’est une réussite. Le second dénonce les divisions entre les gens, les peuples, et à plus large niveau entre les pays, façon uppercut musical.

Sefyu et compagnie

A l’envers donnera l’illusion d’un semblant d’apaisement avec son refrain chanté en compagnie de Dokou. Nous sommes presque dans le dernier tiers de Yusef et il s’agit du premier feat. Car il est temps pour Sefyu d’introduire les collaborations de l’album. Il y a Dokou donc, mais sur Invaincu, le « possee cut » du projet, on entendra hormis le maître des lieux : C.O.R, Goulag, LI2S, RR, Cracky et Limsa, pour du hardcore made in hardcore. Un titre simple, sans chichis, parfait pour la bagnole. Les MC déroulent sans problème et les basses fracassent. Impec.

Fin des titres en groupe ou duo, Sefyu reprend le micro pour lui pour la fin de l’album. Vriller. Vriller est presque un morceau festif. Du moins dans le cadre de Yusef. Le MC ne change pas son fusil d’épaule durant les couplets mais le refrain amène une touche de légèreté, du moins dans la forme. Un morceau à l’ambiance curieuse mais qui passe bien.

Zehefyu, et NTM feront office de fermeture de manière classique mais efficace avec une petite préférence pour NTM, assez court mais encore une fois, assez implacable et se terminant d’un coup sec, brutalement.

En conclusion

Sefyu signe avec Yusef un bon retour. 8 ans auront largement suffit au MC pour se mettre à jour musicalement et il livre un disque actuel et convaincant. Aidés par le contexte social actuel, ses textes brillent par leur sincérité. Il s’en dégage également une assise, une impression de force. Le projet cogne dur mais n’apparaît pourtant jamais comme agressif et reste parfaitement écoutable grâce à des morceaux plus calmes, très justement disposés, distillant des instants de respiration dans les moments opportuns.

Si vous n’avez jamais écouté Sefyu, il s’agit d’un bon point d’entrée. Quant aux autres, soyez rassurés, vous pouvez y aller tranquille, c’est du bon.